«TEN VIEWS »


Les principales valeurs attribuées à la photographie se sont pendant longtemps limitées aux idées de témoignage, de souvenir et d'esthétisme. Aujourd'hui, ce medium apparaît comme un moyen d'expression à part entière. Loins d'ignorer ces valeurs communément admises, les photographes contemporains les subliment pour mettre en relief l'essence d'une situation. Ils nous révèlent de cette façon un point de vue très personnel, sollicité non seulement par une scène ou une image, mais aussi par leur propre expérience, leur vécu. Les photographes autrichiens n'ont pas toujours bénéficié d'un contexte historique favorable, mais après avoir subi les restrictions imposées par la dictature nazie, ils ont réellement manifesté le souhait de s'exprimer. Les "compétitions" de photographie et le concours d'organisations gouvernementales ont developpé cette pratique et dynamisé les échanges avec l'étranger, notamment dans le cadre d'ateliers. Depuis cinq ans, la photographie est de plus en plus représentée dans les galeries autrichiennes, ce qui n'était pas le cas auparavant, étant donné le peu de crédit artistique qu'on accordait à ce medium. Les dix photographes autrichiens exposant à l'Espace SD nous apportent ainsi un autre regard, en ce sens qu'ils nous donnent à voir un environnement qui leur est propre, dans des pays différents du nôtre. En effet, ils ont tous emprunté un parcours donné, passant par l'Autriche et par d'autres pays d'Europe ou d'Amérique. Ingrid Fankhauser, inspirée par sa solitude due à de fréquents déplacements, entreprit ainsi une démarche centrée sur elle-même et sur ses sentiments. Willy Puchner, quant à lui, nous fait voyager de la Tour Eiffel aux pyramides de Ghizeh en compagnie de ses pingouins, Joe et Sally. Les natures mortes d'Alexandra von Hellberg, prises à New York, constituent un nouveau moyen d'envisager les événements du onze septembre. Ce genre est également représenté dans les photographies de H. H. Capor qui, à la manière d'un enquêteur, rassemble les indices trahissant la fin d'une liaison. Cette recherche de la vérité s'apparente dans une certaine mesure aux interrogations qu'elle suscite dans les travaux de Markus Lang et Irene Irrgeher. Par un effet de mise en abîme, ils nous proposent des images créées à partir d'écrans de télévision. C'est avec son ordinateur que Michael Michlmayr réalise des photomontages sur le thème du passage. Des séquences mises bout à bout donnent la vision panoramique d'un monde illusoire, se jouant des dimensions de l'espace et du temps. L'intérêt de Christian Punzengruber et Christina Tsidillis se dirige vers une autre forme d'artifice, celui de la beauté. L'un met en scène un salon de coiffure, l'autre une femme hybride, entre jeunesse et vieillesse, entre beauté et décrépitude. Les photographies d'Andreas Zipperle s'intègrent plutôt dans le genre de l'abstraction, et rompent alors avec le précepte selon lequel ce domaine est réservé à la peinture. L'exposition reflète la grande diversité de la photographie autrichienne.
Ces dix artistes très différents, dont les âges se situent entre 30 et 55 ans, travaillent dans des secteurs variés: journalisme, publicité, enseignement et bien sûr, photographie d'art. Ils œuvrent cependant dans une même direction, celle de l'originalité et de la libre expression.

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