«Défigures humaines»

On reprend Joe Kesrouani où on l'avait laissé en janvier 2001, gros plan sur un des éléments de la présente exposition: dans la série «Les 7 péchés capitaux», l'artiste tend un miroir (le sien, son petit sien, celui devant lequel il se rase tous les matins ou presque) aux visiteurs, et la prise de conscience devient alors le premier pas vers une Rédemption que toutefois il prend bien soin de ne pas leur promettre.
Partout, le résultat de ses méditations sur la nature humaine, son sentiment urbain (et très précisément beyrouthin) de la nature humaine, semblent n'être liés qu'aux aspects les plus sombres de celle-ci.
Il la dénature donc, dénature l'humain s'il ne l'est déjà, défigure l'humanité et c'est pourquoi — l'artiste pratiquant ainsi une forme d'art «défiguratif» (consistant à dévisager puis transfigurer le sujet) — nous vous parlerons ici «défigures humaines», et non de figures humaines.
«Pourra-t-on continuer longtemps dans un tel chaos? Est-ce que ça a toujours été comme ça? Je ne suis pas encore habitué à la désorganisation de Beyrouth, j'y suis encore profondément surpris par certaines choses de la vie quotidienne...». Ayant vécu plusieurs années à Paris, Joe Kesrouani prend aujourd'hui beaucoup le temps d'observer les gens autour de lui, et il n'arrête pas d'être effaré par ce qu'il voit (d'où, probablement, l'effarement visible de ses personnages). Et quand «quelque chose est resté en travers de la gorge», à un moment donné il faut bien recracher, «c'est la moindre des choses». Ce qu'il fait ici: entre guillemets, quelques pensées choisies...
«C'est paradoxal, dans un pays où tout fonctionne de manière familiale, que les uns et les autres soient si maladivement individualistes...»
«C'est fou comme les choses évoluent, ici: l'escroquerie, la malhonnêteté, le non-professionnalisme, les fausses garanties, les sous-traitances qui traînent et l'incompétence semblent avoir été érigés en phénomènes de mode...»
«On nous ment à longueur de journée et plus on nous ment, plus ça marche!»
Autant de vérités universelles, intemporelles, même si les toiles de Joe Kesrouani sont toujours «d'actualité», en prise avec l'actualité à laquelle les médias l'exposent en permanence.

Wadih Safieddine
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