«Histoires
à dormir debout»
de FULVIO CODSI
Artiste
autodidacte, Fulvio Codsi est né à Beyrouth en
1965. Dès 1984, il participe à plusieurs expositions
collectives, au Liban, en Australie et à Doubaï.
Il remporte, pour son tableau «Médiator»,
une mention spéciale du Musée Nicolas Sursock
en 1995.
Après «Sommeil profond», sa première
exposition à l'Espace SD en 2001, Fulvio Codsi revient
avec des «Histoires à dormir debout». Si,
dans sa première exposition, l'artiste s'attachait à
fixer l'atmosphère de son univers et y ancrer ses personnages,
il semble que ceux-ci prennent véritablement vie dans
l'exposition présente. Mi-dieux, mi-hommes, les protagonistes
des tableaux de Fulvio semblent être issus d'une civilisation
lointaine, passée ou à venir. L'influence de l'art
égyptien art conçu pour l'éternité
est d'ailleurs perceptible à travers l'accentuation
de certains membres, comme les bras dans le tableau «Tête-a-tête»,
les profils récurrents et les figures de pierre en relief.
Une dimension mythologique se dégage du travail de Fulvio.
Sans pour autant illustrer des mythologies héritées,
l'artiste crée une cosmogonie personnelle. Humanisés
par le traitement du corps où le mouvement et la vie
se font sentir, les êtres fantastiques du monde de Fulvio
intègrent une narration, des histoires où ils
puisent la vie d'une «Pêche miraculeuse»,
s'élèvent endormis, probablement soulevés
par des «Histoires à dormir debout»... Il
semble en effet que le travail de Fulvio prenne une tournure
éthérée; les personnages quittent le sol,
le solide, vers un ailleurs encore indescriptible, comme l'illustre
sa toile «Altitudes».
Les histoires racontées par Fulvio reflètent un
état d'éveil physique, où le corps reste
debout, en marche, mais s'abandonne entièrement à
l'imaginaire psychique, où fermentent et naissent d'étonnantes
images. Ce monde intermédiaire, à l'origine desquels
se trouvent souvent les rêves de l'artiste, n'est pas
une retranscription des désirs de l'inconscient, ce qui
s'apparenterait aux méthodes surréalistes d'écriture,
ni dailleurs des dessins automatiques, lesquels consistent
à laisser l'inconscient parler à travers une transe
éveillée. La peinture de Fulvio est, au contraire,
consciemment pensée et structurée. Son traitement
esthétique rend l'irréel tangible et éveille
nos sens à travers le travail de textures. Il semble
en effet qu'à travers cet état d'éveil
dans un monde imaginaire, l'on puisse écouter le silence,
voire l'infini, ou toucher une pierre lunaire. Fulvio concrétise,
à travers son travail méthodique et rigoureux,
le désir latent en chacun de nous d'un
autre univers...