«Peintures récentes »
de SABHAN ADAM


Sabhan Adam est né en 1972 à Hassakeh, en Syrie. Il s'intéresse d'abord à la poésie et à la littérature et écrit plusieurs poèmes. Autodidacte, il commence à peindre vers 17 ans et connaît une appréciation considérable des centres culturels étrangers de son pays. Il expose individuellement pour la première fois en 1994 à l'institut Goethe de Damas. S'en suivent plusieurs expositions personnelles à Beyrouth, Dijon, Nice, Paris, Amman. Sa dernière exposition a eu lieu à la galerie Idée d'artistes à Paris en 2003.

La peinture de Sabhan, unique en son genre, reflète une forte individualité. Celle-ci n'est pas "géographique" comme il le précise. Il peut être influencé par les couleurs de sa terre natale et par son entourage, mais Sabhan considère que lorsqu'il peint, il peint "pour le monde." À travers son identité mentale, il "représente l'humanité".
Créatures grotesques, sans tomber dans la caricature, avortons mal développés, monstrueux, sans être terrifiants, les personnages de Sabhan Adam sont difficiles à définir ou cerner. Ce qui dérange surtout, c'est le côté humain qu'elles conservent, et qui semble tendre un miroir peu flatteur à celui/celle qui les regarde. On retrouve dans la peinture de Sabhan les membres du corps humain: mains, pieds, yeux, oreilles et sourcils, mais ceux-ci sont redimensionnés et recomposés par l'artiste. Les corps, occupant toute la toile, se réduisent à des masses noires informes, desquelles surgissent des membres comme des mains amputées, ou mal formées. La sensation de claustrophobie d'une telle malformation physique, d’un tel mal-être mental, va de pair avec la taille imposante des personnages, seuls habitants de la toile. Condamnés à l'inaction, suspendus à des trônes ou à des supports fragiles, les personnages de Sabhan "vivent" dans un état limite, où l'équilibre peut basculer et tomber dans l'informe, où le mal-être peut exploser et le corps se fondre à nouveau avec la peinture, giclée quelquefois au bas de la toile. Les gestes de Sabhan expriment physiquement la colère. Celle-ci est pour l'artiste un moteur nécessaire : " J'ai beaucoup de colère en moi, plus je peins, plus je suis en colère". L'artiste continue donc, contribue, creuse le mal, la société, le mensonge, l'hypocrisie, non pour s'en assouvir mais pour la dénoncer, et la vivre. Cette recomposition du genre humain reflète la vision intrinsèquement personnelle du peintre d'une humanité rongée par ses malaises. Vision qui se pose sur le spectateur par les regards perçants des personnages de l'artiste. Dans la noirceur des lignes tortueuses, une étincelle de blanc se pose sur le spectateur, comme un défi ou une affirmation dérangeante.

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